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LE PROJET
Anatole Felde & Gzion a bénéficié d’une résidence à Théâtre Ouvert – CDN de la création. Un chantier résultant de cette première période de répétitions a fait l’objet d’une présentation publique, dans le cadre des travaux de fin d’étude du Master “mise en scène et dramaturgie”, au Théâtre Bernard Marie Koltès de l’Université Paris-10 Nanterre.
Utopia 93, “lieu occupé” à Montreuil, a, par la suite, accueilli le projet pour un second cycle de travail. Une esquisse de mise en scène a été présentée, dans le cadre du Festival Archipel 118, à la MC93 Bobigny. Le Théâtre Victor Hugo de Bagneux a diffusé le spectacle au titre de son « spectacle découverte » pendant la saison 2006/2007.

LES HISTOIRES
Anatole Felde (petit drame bural)
Mr Felde est un employé de bureau insatisfait. Il ressasse sans cesse son désir de départ puis s’exécute par pendaison. Cette fin brutale bouscule les règles patiemment établies, qui garantissaient le bon fonctionnement du travail au sein de l’entreprise. Ses deux collègues refusent d’envisager son remplacement et vont ainsi faire, à travers la fréquentation de la mort, l’expérience troublante de la création.

« Je me levais le matin et je partais au travail avec conviction ; je rentrais chez moi le soir, je dînais, je dormais et je croyais que j’étais heureux. Je n’avais aucune conscience du non-sens de ma vie, jusqu’à ce jour, où, par un beau matin de juillet, Monsieur Felde nous avait montré la voie. Ce qu’il avait réveillé en nous, tout l’or de la terre ne saurait jamais le remplacer. Une lumière brillait à l’intérieur, une force créatrice nous animait, chaque jour était une nouvelle invention, un feu d’artifice aux mille couleurs… »
(Mr Posteux, Anatole Felde)

« Je ne parle pas aux ours. »
(Capitaine Turt, Gzion)

GZION (drame spatial)
Trois cosmonautes dérivent dans l’espace. Leurs réserves vitales déclinent inexorablement. En dignes héros de la conquête spatiale, ils envisagent cette situation désespérée avec détachement et humour. Mais pas au point de franchir les limites d’un certain bon goût, qui ne saurait supporter le port grotesque et suspect d’un costume d’ours. Les conventions tacites se brisent, l’objet du jeu devient illisible, absurde, et fatalement tragique.

NOTE D’INTENTION
Farces modernes, drames burlesques, ou comédies noires… deux courtes pièces, qui se jouent des appellations, des genres et des codes du représentable.

Anatole Felde est une exposition décapante mais profonde des mécanismes qui concourent à l’invention d’un rituel spectaculaire. Deux obscurs employés, confrontés brutalement au suicide de leur collègue, basculent dans une lutte à mort contre la routine de la vie de bureau. En manipulant le cadavre comme on manipulerait une marionnette, en inventant des spectacles et des systèmes qui le font revivre, ils découvrent le caractère essentiel – à la fois subversif et métaphysique – du geste artistique.

Gzion met en scène trois cosmonautes perdus dans l’espace, sans espoir de secours. Etroitement confinés dans leur capsule spatiale, ils éprouvent intuitivement le besoin de produire un jeu collectif, des scénettes, des dialogues. Ils parodient les héros de la conquête spatiale. Ils puisent dans la satire, de quoi supporter l’angoisse de leur mort annoncée. Mais, quand l’un d’entre eux apparaît revêtu d’un costume d’ours, les conventions s’effondrent, le pas de l’absurde est franchi, la limite entre fiction et réalité se brouille; toutes les options deviennent envisageables, y compris les plus définitives. Les trois cosmonautes, comme les deux collègues d’Anatole Felde, sont saisis par l’irréversibilité du jeu, qui est, par essence, « à la vie à la mort ».

Cette « mise en jeu de la mise en jeu », ce même principe de bascule dans le champ du ludisme et de l’invention, comme ultime proposition pour appréhender la réalité, fondent ma décision de monter Anatole Felde et Gzion sous la forme d’un diptyque cohérent.

LA MISE EN SCENE
Hervé Blutsch puise dans diverses traditions, formes et registres, pour interroger l’origine, la fonction, et la modernité du Théâtre. Il sait se servir du fait essentiel, qui veut que celui-ci construise sa vérité sur des conventions, un art de jouer, des artifices.
Nous nous sommes donc inspirés des différentes techniques d’interprétation qui permettent une mise à distance formelle du réel (clown, théâtre gestuel ou d’objet, marionnette, jeu masqué…). C’est du côté de la tradition populaire et savante que nous pensons trouver les outils les plus à même de transmettre au mieux cette écriture d’aujourd’hui.

Nous avons eu la volonté d’ajouter, dans le fil du récit, quelques scènes muettes ou musicales, très courtes. Des pantomimes créées par les deux collègues d’Anatole Felde. Cet arrachement progressif de la monotonie dans les vies de Mount et Posteux – ce passage du gris à la couleur – autorisait notamment de puiser dans l’imaginaire commun légué par les grandes oeuvres du cinéma (des Temps Modernes à 2001, l’Odyssée de l’Espace…). Gzion peut alors sembler un prolongement de ses séquences – leur pièce S.F. en somme – ou une improbable suite, une variation sur le même thème, une contamination à un autre secteur d’activité…

LE DISPOSITIF
Dans le sens de la recherche formelle, nous avons pensé le décor en référence aux techniques d’interprétation convoquées : un dispositif scénique le plus simple et le plus stylisé possible, qui laisse toute sa place à la suggestion, alimentée par une interprétation assumée et des codes de jeu clairs. Un espace épuré, dans lequel la fable peut se développer idéalement.

Dans Anatole Felde, Mount et Posteux recréent un Théâtre à l’aide des éléments pris sur leur lieu de travail. Le mobilier se transforme en espace de représentation : un bureau-tréteaux, d’apparence commun, agrémenté d’un système de ventilation et de quelques accessoires (tampons, calculettes, crayons, feuilles de papier…) détournés de leur fonction première.
Gzion marque une progression notable dans l’élaboration des « spectacles de réelle qualité » composés par les deux employés. L’image filmée y fait son apparition, diffusée sur la surface modulable du bureau, elle ponctue l’action sous la forme de petites séquences d’animation dialoguées.

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